Posté par Pierre Brian Imart le 2017-02-03 dans

Arash Derambarsh sur l’agroalimentaire: « Il existe une pression inimaginable exercée par les lobbys »

Arash Derambarsh, élu municipal des républicains de Courbevoie (LR, banlieue Parisienne) et ancien conseiller UDF (Union pour la Démocratie Française), mène une lutte sans précédent contre le gaspillage alimentaire en France et à l’international. Il publie bientôt son 3ème livre après avoir marqué les esprits avec « Manifeste contre le gaspillage alimentaire » (2015) et « Comment peut-on être de droite aujourd’hui? » (2006). Aujourd’hui, Arash Derambarsh exporte sa détermination anti-gaspillage à l’international et plus particulièrement au  Canada en travaillant main dans la main avec Justin Trudeau et Ruth Ellen Brosseau. L’homme qui a contraint les supermarchés de donner aux banques alimentaires, a accepté de discuter avec nous pour en savoir plus sur ses convictions et ambitions politiques.

Eatizz : À quel point pensez-vous que la technologie peut vous soutenir dans votre combat?

Arash : Aujourd’hui, le nerf de la guerre c’est savoir faire et faire savoir. Quand vous êtes un élu et que vous détectez un problème sur le terrain, vous devez le faire savoir rapidement vers le haut. Je suis comme un joueur de football: un numéro 6, un milieu récupérateur. Je vais récupérer la balle aux défenseurs et passer la balle aux attaquants pour qu’ils puissent marquer.

Dans cette métaphore, Arash compare les défenseurs aux associations et citoyens et les attaquants aux députés et sénateurs qui votent la loi.

A : Alors comment faire pour qu’ils marquent le but? Il faut que je les convainque de prendre la balle, que je leur dise « écoutez, il y a tel problème » en prenant tous les moyens mis à ma disposition (réseaux sociaux, vidéo, photos) afin de détecter un problème. Une fois trouvé, il faut le localiser, l’identifier et réveiller les consciences des citoyens pour ensuite faire pression et que le sénateur et députés votent la loi.


E : Pensez-vous que des actions 2.0 peuvent avoir plus d’impacts que celles menées dans les médias traditionnels?

A : Oui, cent mille fois oui. Aujourd’hui, je fais moi-même mon propre média, je n’ai pas besoin de passer via les médias « mainstream » pour faire bouger la ligne. Après, il est important de ne pas mépriser ces médias et viser plus large pour l’intérêt général, par exemple, lors d’un combat contre la faim. En France, on parle de 10 millions de personnes qui ont faim, qui n’ont plus d’argent sur leur compte en banque après le 10 du mois. On ne peut pas se mettre les uns contre les autres, c’est un combat plus commun.

En 1979, les parents d’Arash Derambarsh fuient le régime islamiste en Iran pour venir donner vie à son frère et lui en France. Arash voit son combat contre la faim comme un devoir et rendre la pareille à la France pour lui avoir donné accès à la culture, le savoir, la santé, l’éducation et l’instruction. Avec comme projet de se faire élire après ses études, M. Derambarsh souhaitait faire voter une loi qui empêcherait les français de connaître la faim comme il l’a connue à l’époque. En sollicitant Arash sur ce qui l’a mené au succès en France, celui-ci s’empresse de parler de détermination et de temps investit sur le terrain.

A : Vous savez, la politique c’est quoi en fait : c’est prendre un problème personnel et y apporter une solution générale. En l’occurence, c’est un problème général, non seulement dans ma ville mais un problème qui est international. De quoi on parle exactement? On parle, de plus de 10 millions de tonnes de produits consommables qui sont jetés dans les poubelles, alors que 10% des Français éprouvent des problèmes pour se nourrir correctement. Aux Etats-Unis, c’est 35 millions de tonnes alors qu’à côté, 1 Américain sur 6 ne peut pas manger. C’est le même problème partout, et pourquoi? Le problème du gaspillage alimentaire c’est la pointe de l’iceberg.

E : Qu’est-ce qui différencie votre stratégie en Amérique du Nord de celle que vous menez en Europe?

A : En Europe le raisonnement tourne autour de l’aspect social. Il y a 100 millions d’européens qui sont en situation de malnutrition. Ce sont des chiffres audibles en Europe. Ce qui est audible sur le continent Américain c’est combien d’argent est perdu. Voilà le contraste. Par exemple, au Canada, l’argument premier c’est qu’il s’agit de 31 milliards de dollars de pertes dû au gaspillage alimentaire. C’est-à-dire qu’on va d’abord mettre l’appui sur la perte d’argent et ensuite sur le fait que cette nourriture pourrait être redistribuée aux 852,137 Canadiens qui sont officiellement inscrits à la banque alimentaire.

Aujourd’hui, grâce à la campagne d’Arash sur le gaspillage alimentaire, de nombreux pays ont accepté de faire appliquer la même loi qu’en France, dont les pays de l’Union Européenne, la Roumanie, le Chili, le Congo, et bientôt la Turquie et le Mexique. Arash mentionne son intention d’aborder les Etats-Unis et espère les convaincre de l’intérêt général, social, environnemental et économique de cette loi.

E : Quel est, pour vous, le frein majeur dans la tête des politiques pour mettre en oeuvre une telle loi?

A : C’est simple, les conflits d’intérêts et la corruption (Arash dénonce également les pressions dans cet article du journal Français Le Figaro le 3 Février dernier).

Il existe une pression inimaginable exercée  par les lobbys alimentaires. Ils envoient des lettres à tous les députés parlementaires en disant « Si vous faites voter cette loi, nous allons retirer les subventions aux associations culturelles, sportives, des villes où vous êtes élus. Nous allons délocaliser les supermarchés ».

C’est réellement un conflit d’intérêt.

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E : Quels rôles et impacts les gens peuvent-ils avoir dans votre campagne et dans la lutte contre le gaspillage alimentaire en général?

A : Les petitions ont grandement joué sur la loi. J’en ai monté 2 avec Mathieu Kassovitz, la 1ère, française, a fait plus de 200,000 signatures. La 2ème, européeenne, soutenue par la croix rouge française et des actions contre la faim, a été signée par plus de 820,000 personnes. Ca a un impact. Vous exercez une pression, les citoyens sont beaucoup plus connectés, il y a de la circulation d’idées et des informations. Il faut savoir une chose, le système de l’agroalimentaire est divisé en 4 points: la production, la transformation, la distribution et la consommation. Ce système est malheureusement corrompu et complètement falsifié. Lorsque le producteur, (c’est-à-dire l’agriculteur) se retrouve à vendre à perte, il sera être obligé de mettre des pesticides sur ses produits, ce qui entraine des maladies cardiovasculaires, de l’obésité, du diabète, du cholestérol et de nombreux cancers. De l’autre coté, il y a une surproduction et qui dit surproduction, dit abattoirs, élevage en batterie, la baisse du pouvoir d’achat de la classe moyenne… Les seuls vainqueurs dans cette histoire sont les lobbys de l’agroalimentaire et les producteurs de pesticides. C’est donc un système à remettre à plat, de bout en bout, afin d’éviter de polluer d’avantage l’environnement.

Arash, sors à la mi-Mars son 3ème livre avec Eric De Lachesnais, qui est le chef de service d’agriculture agroalimentaire du figaro.

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